Il avait « piqué comme une abeille » en plein Kinshasa

George Foreman et Mohamed Ali

George Foreman reçoit un violent coup de Mohamed Ali lors de leur combat à Kinshasa.
© MaxPPP – 2014
Photo depuis franceinter.fr

Aujourd’hui le monde entier pleure l’ancien champion du monde de boxe, Mohamed Ali. Il est mort d’une insuffisance respiratoire vendredi dernier en Arizona. Dans le cadre des hommages et témoignages qui fusent de partout pour honorer la mémoire de cette icône de la boxe moderne disparue, votre voisin d’à côté laisse lui aussi couler l’encre de sa plume pour parler de ce « papillon » qui a survolé la ville de Kinshasa et a piqué comme une abeille devant les yeux du monde entier sous la lumière du stade du 20 mai.

« Je vole comme un papillon, je pique comme une abeille […] », martelait Mohamed Ali pendant qu’il se préparait à affronter George Foreman le 30 octobre 1974 dans la ville de Kinshasa.

Cette citation avait l’air d’un coup de bluff à priori. Mais croyez-moi si je vous dis que ce n’était pas un mythe !

Étant natif de la ville de Kinshasa, le lieu où ce « combat du siècle » s’était déroulé, je suis sans doute le mieux placé pour vous assurer que cette devise de Mohamed Ali était plus qu’un slogan. C’était réel ! Et Kinshasa est l’une des villes ayant eu la chance de la voir en action.

C’est vrai qu’à cette époque je n’étais pas encore né. La preuve en est que mon père n’avait encore que 15 ans quand Mohamed Ali avait « piqué comme une abeille » son adversaire George Foreman lors de cette rencontre historique.

C’est donc 29 ans après ce combat que j’avais alors, pour la première fois, entendu parler du nom de cette figure de la boxe mais sous sa forme erronée : « Ali Foreman », comme l’appellent nombreux congolais qui ne connaissent pas l’histoire de cet ancien boxeur à la langue d’un poète.

Oui ! Je me rappelle ce jour là. J’accompagnais ma mère au marché quand tout à coup nous nous sommes croisés avec un marionnettiste. Ce dernier faisait battre deux pantins en forme de boxeurs. Je n’avais alors que cinq ans mais le spectacle avait réussi à m’emballer.

D’un côté j’étais impressionné par la façon dont les deux marionnettes se donnaient des coups, de l’autre côté j’admirais l’enthousiasme du public qui criait à tout bout de champ « Ali Foreman ! ».

Obsédé par ces cris, après le marché, j’étais allé me jeter dans le juron de mon père en lui posant la question suivante : « Qui est Ali Foreman ?». Et voilà, donc c’est mon père qui était la première personne à me raconter l’histoire de ce « Rumble in the jungle » et ses protagonistes dont le fameux Mohamed Ali appelé à tort « Ali Foreman » par certains compatriotes jusqu’à aujourd’hui.

Mais me décrire ce combat avec de simples paroles ne suffisait pas. Donc il fallait que j’atteigne 15 ans pour finalement consulter les archives (images, écrits, etc.) afin de percevoir certains faits qui ont jalonné ce combat jusqu’à propulser Mohamed Ali dans la catégorie de légendaires personnages de l’histoire de la boxe moderne.

Et ce qui me fascinera pour toujours c’est son optimisme, sa détermination mais surtout… sa grande gueule qu’il n’arrêtait pas d’ouvrir pour rabâcher sa citation : « je vole comme un papillon, je pique comme une abeille ». Une expression qu’il a finie par mettre en action sous la lumière du stade du 20 mai dans la ville de Kinshasa.

Oui ! Il ne plaisantait pas. Il était sûr de lui et de ce qu’il disait. Tout comme il le martelait haut et fort, ce combat était une occasion pour lui de prouver à Kinshasa et au monde entier qu’il savait réellement voler comme un papillon et piquer comme une abeille.

Il l’avait fait. Il avait réussi à piquer son concurrent George Foreman comme une abeille. C’était la nuit du 30 octobre 1974 en plein cœur de Kinshasa, ma ville natale. Sous les projecteurs du stade du 20 mai avec les cris hostiles de la foule en délire qui scandait à l’unisson « Ali, Boma ye ! » (qui veut dire en français : « Ali, tue-le ! »).

Dopé par le soutien du public « zaïrois », Mohamed Ali avait alors transformé ses violents coups de poing en un énorme dard d’abeille pour percer et assommer son rival, le géant Foreman. C’était juste un beau spectacle. Quand j’en parle, j’en ai la chaire de poule. Et cette scène ne tarde pas à me traverser l’esprit…

Ca y est ! Ces images me reviennent comme si c’était hier. J’y vois encore George Foreman déjà épuisé et complètement au bout de ses derniers efforts. Il se laisse ensuite à la merci de Mohamed Ali qui lui enchaîne une rafale de coups en virevoltant comme un papillon. Puis… bingo ! George Foreman s’est écroulé dans le ring. C’est fini ! Le public est en liesse. Le tonnerre gronde dans le ciel et la pluie s’abat sur le stade du 20 mai, comme pour accueillir Ali le nouveau champion. Ho, que c’est beau à voir !

Mohamed a réussi à piquer son adversaire comme une abeille. Et il a offert au public un beau spectacle en pivotant dans le ring comme un papillon. Ainsi, une page d’histoire des plus grands combats de boxe s’est écrite.

Comme on dit « une légende ne meurt jamais », Mohamed Ali vivra toujours à travers ces images spectaculaires. Des images dans lesquelles il a montré comment il savait piquer comme une abeille. Et cela s’était passé à Kinshasa, l’une des rares villes africaines ayant réussi à promouvoir le continent noir en accueillant ce combat.

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