Comment la réussite au bac se fête en RDC ?

Le bac est l’une des étapes importantes de notre parcours en tant qu’humain sur terre. Pour preuve, ils ont été nombreux cette année à y prendre part partout dans le monde. Vu la tension et le stress que l’on accumule durant ces examens, c’est toujours tentant d’arroser quand on en sort ‘victorieux’. Mais si, dans plusieurs pays, fêter la réussite au bac ne se limite qu’à une rencontre en famille et entre amis autour d’un verre de bière, chez votre voisin d’à côté en République démocratique du Congo la réussite à ces épreuves se célèbre d’une façon plutôt singulière, à nulle autre pareille dans le monde. Vous doutiez ? Que les paragraphes suivants vous en persuadent. Amen ! 🙂

Tout commence le jeudi de la dernière semaine du mois de juin. Cette date est, selon le calendrier scolaire national, la période pendant laquelle se déroulent les examens terminant les études secondaires.

Déjà, après le passage de la dernière épreuve, les finalistes (candidats au bac) s’offrent le droit de célébrer la fin des examens. Tellement que la pression atteint son paroxysme durant les examens et qu’elle descend à l’issue de la dernière épreuve, les candidats se lâchent tous pour décompresser. Ils chantent, boivent et surtout, déchirent leurs tenues « bleu-blanc » (uniforme scolaire nationale) pour marquer la fin de leur souffrances endurées pendant 12 années de parcours scolaire.

Ensuite, c’est place au suspens. Pendant que les copies sont discrètement corrigées par les jurys sans divulguer la moindre information, les candidats, eux, retiennent leur souffle. Avec un rythme cardiaque accéléré, le cœur cognant de plein fouet dans la poitrine, ils espèrent tous réussir et attendent fermement la publication des résultats qui intervient, désormais, dans trois semaines après la fin des épreuves nationales. Alors qu’il y a encore quelques années plutôt, les « finalistes » attendaient leurs résultats pendant plusieurs mois. Mais grâce aux efforts du gouvernement, tout va vite en besogne maintenant.

Trois bacheliers congolais en train de fêter leur réussite/2013 Photo : Will Cleas Nlemvo

Trois bacheliers congolais en train de fêter leur réussite/2013
Photo : Will Cleas Nlemvo

Après la correction, calcul des points et délibération, le ministère congolais de l’enseignement procède à la publication des résultats via son site web officiel. C’est donc à ce stade que le Délire (avec un grand D bien sûr) commence. Un festival de bruits et de jet de poudres accompagné d’une extrême ambiance en couleur s’impose sur l’étendue du pays. Les villes bougent au rythme des coups de sifflet énergiques, des battements de portail et de casserole. Oui c’est avec un tel vacarme d’enfer que les bacheliers congolais annoncent et célèbrent leur réussite. (Donc si vous venez de débarquer fraîchement en RDC, ne tremblez pas dans votre chambre d’hôtel pensant à un coup d’Etat quand vous aurez à vivre ce spectacle. Dites vous simplement que ce sont les bacheliers qui fêtent leur réussite. Je vous ai prévenu !)

« Ne tremblez pas dans votre chambre d’hôtel pensant à un coup d’Etat quand vous aurez à vivre ce spectacle »

Vêtus, presque tous, de t-shirts blancs bien décorés à la guise de chacun, avec des sifflets attachés aux cous et des flacons de poudre en poche, les « nouveaux diplômés » célèbrent leur réussite avec un enthousiasme complet. Ils parcourent les rues de la ville. Les uns assis sur les portières des voitures, les autres sur des motos, ils roulent tous avec des coups de klaxon insistants et partent à la rencontre de leurs proches pour leur saupoudrer la tête. Oui, saupoudrer la tête est un geste ancré dans la culture congolaise. Ça dénote une vive admiration après la victoire bien méritée dans une compétition rude et sévère. Donc chers voisins, si jamais il vous arrive de voir un nombre de congolais se promener dans la rue avec les cheveux couverts de poudres, ne paniquez pas. Ce ne sont pas les survivants d’Ebola. Relaxez-vous et rassurez-vous qu’ils viennent juste de célébrer le bac ou un autre événement heureux. C’est comme ça que les congolais fêtent une réussite : en se saupoudrant la tête bien sûr. Je vous préviens parce que je vous aime. J’en profite d’ailleurs pour vous faire des bisous tout doux. Bon, c’était juste une parenthèse, maintenant revenons à notre sujet. Je parlais de quoi déjà ? Ha ouais, de l’ambiance (pour ne pas dire tapage) que les bacheliers en RDC provoquent au moment où ils fêtent leur réussite…

Le jour suivant, l’ambiance continue mais d’une manière affaiblie. Les bacheliers, bien qu’épuisés à cause des longs trajets qu’ils ont parcourus la veille après la publication des résultats, tentent quand-même de prolonger la fête en gardant le même rythme. Mais la fatigue gagne du terrain et les bruits se font de moins en moins. Quant au jet de poudres, ben… ça persiste ! 🙂

Pour mieux clôturer la fête, certains bacheliers se rassemblent et remplissent les chaises de différentes terrasses ou boites de nuit de la ville. Accompagnés, bien sûr, de leurs membres de famille qui les considèrent par conséquent comme des héros.

D’autres, par contre, optent pour le chemin de l’église. Ils s’engouffrent dans des chapelles pour remercier le bon Dieu en signe de reconnaissance. Oui, la RDC est un pays très croyant. De ce fait, plusieurs congolais ont l’habitude de considérer toutes réussites comme une bénédiction divine. Et même si cela est obtenu de manière frauduleuse, chez moi ça vaut toujours la peine de dire « Alhamdulillah !». Donc à Dieu, lui seul, de voir si on se fout de sa gueule ou on est sincère. 🙂

Je sais que je vous ai donné envie de venir dans mon pays pour vivre en « live » ce « Show » que les bacheliers congolais déclenchent pendant qu’ils célèbrent l’obtention du sésame d’entrée dans le monde universitaire. Mais en attendant que vous arriviez, racontez-moi, vous aussi, comment le bac se fête chez vous, chers voisins.

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