Kinshasa qui meurt… Kinshasa qui ressuscite

Monument de l'échangeur, symbole emblématique de la ville de Kinshasa. Photo depuis cccrdc.org

Monument de l’échangeur, symbole emblématique de la ville de Kinshasa.
Photo depuis cccrdc.org

Dans l’impitoyable empoignade qui engage, ces derniers temps, des acteurs politiques en RDC, Kinshasa est l’une des villes congolaises qui subit directement des dommages collatéraux. Notamment lors de la journée « ville morte » décrétée, la semaine dernière, par l’Opposition politique, « Kin la belle », comme l’appellent affectueusement ses habitants, s’était vue paralysée presque dans toutes les activités qui la maintiennent en vie.

Rues désertées, aucun transport en commun, des maisons commerciales fermées, des familles enfermées chez elles, l’atmosphère à Kinshasa était semblable à celle d’une ville fantôme durant la journée du 23 août 2016. Date à laquelle l’Opposition politique congolaise avait appelé à une journée « ville morte » pour, entre autres, réitérer sa demande visant à conduire le pays vers les élections apaisées dans les délais constitutionnels.

Cette « ville morte » était intervenue six mois après la première, initiée par la même Opposition politique. Et comme ça a toujours été le cas dans chacune d’elles, tous les médias du pays étaient, durant cette journée, dominés par un bras de fer entre les acteurs politiques du pays. Pendant que l’Opposition se vantait d’avoir réussi à annihiler l’ambiance festive qui fait vivre la ville de Kinshasa pour se faire entendre, le Pouvoir, lui, tentait de prouver que la ville avait eu son cours normal en publiant les images de quelques lieux où Kinshasa avait tourné, bien qu’au ralenti.

Mais derrière cette guerre médiatique dans laquelle la classe politique congolaise s’était livrée au courant de cette journée « ville morte », il y avait la détresse… une détresse qui se lisait sur le visage de plusieurs Kinois. Que cette « ville morte » eût été un score de plus en faveur de l’Opposition contre le gouvernement ou vice-versa, les Kinois, eux, étaient les premières victimes à souffrir de cette joute politique impitoyable. Car engourdir toute une ville comme Kinshasa, c’est asphyxier la survie des 12.071.000 d’habitants qui la peuplent. Comment ? Je vous explique :

« Vivre au taux du jour »

Les Kinois sont, en effet, habitués à vivre de la débrouillardise à cause du chômage qui ronge la capitale congolaise. Vous verrez donc, dans chaque rue de la ville de Kinshasa, des marchés improvisés où plusieurs Kinois vendent à même le sol juste pour gagner le « pain quotidien ». Et même ceux qui occupent des postes dans des administrations publiques, ils entreprennent également de petites activités commerciales ailleurs comme moyen de vivre. Vu que leurs emplois n’assurent pas la survie suite aux arriérés salariaux dont ils ont toujours été victimes. De ce fait, chaque jour qui se lève demeure un défi pour beaucoup de Kinois. Ces derniers se lèvent tous les jours avec comme mission prioritaire de sortir pour aller chercher de quoi se nourrir ou nourrir leurs familles. Tel est le phénomène qu’ils qualifient eux-mêmes de « vivre au taux du jour ». C’est-à-dire, la nourriture quotidienne dépend de l’activité que l’on entreprend chaque jour. Un moyen de survie tellement ancré dans la vie des Kinois au point que ces derniers ont même eu à formuler l’adage : « qui ne sort pas, ne mange pas ».

A ce rythme, la journée « ville morte » n’avait été rien d’autre qu’une nouvelle épine dans le cœur de la survie de ces Kinois qui, en dépit de la crise économique fouettant la ville, essaient quand-même de garder la tête haute. Ajouter à cela la destruction, en marge de cette « ville morte », de plusieurs bus qui assurent le déplacement des gens dans une agglomération déjà à l’agonie au sujet de transport en commun. Voila donc les incidents qui trucident la ville de Kinshasa à petit feu. Malheureusement, cela ne constitue que la pointe de l’iceberg. Car le pire semble être à venir si jamais la situation politique demeure tendue telle qu’elle est actuellement.

Vu le tumulte qui secoue le pays ce dernier temps, l’avenir de la ville de Kinshasa s’annonce très sombre, en effet. Tous les Kinois redoutent le pire. Ils ont peur que la ville se transforme une nouvelle fois en un champ de bataille. Exactement comme cela avait été le cas, notamment, en 2006 et en 2011 lors des crises poste-électorales. Des crises durant lesquelles Kinshasa était animée par le crépitement des balles à la place du bruit des véhicules et de la musique dans des terrasses qui ornent son air festif. Des crises durant lesquelles les casernes étaient ouvertes alors que les écoles et les églises étaient fermées. Des crises durant lesquelles des corps jonchaient le sol au lieu des traces des piétons et des sacs plastiques abandonnés par de paisibles citoyens. Certes Kinshasa était morte pendant ces affrontements armés. Mais elle avait ressuscité juste après. Elle a ressuscité après plusieurs crises qui se sont succédées les unes après les autres. Les belligérants passent. Mais Kinshasa reste. Et rien ne sème le doute qu’elle ressuscitera aussi après la présente crise qui s’annonce déjà chaotique à travers des signes tels que ces fameuses « villes mortes ». Mais entre temps Kinshasa endure déjà avec bravoure ce qui découle de cette empoignade politique à laquelle elle assiste. Elle encaisse des coups, bien sûr, mais tente tant bien que mal de rester dans la marche de l’évolution en effaçant des stigmates. Comme le dit un proverbe « Quand les éléphants se battent, l’herbe en souffre mais pourtant elle ne perd jamais sa beauté ».

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