UA : Union africaine ou « Union pour l’instabilité en Afrique » ?

Photo de famille des Chefs D’États et de Gouvernement de l’Union Africaine
Image depuis Flickr

Longtemps soupçonnée d’œuvrer pour l’essor de la dictature en Afrique, l’Union africaine se trouve une nouvelle fois dans la polémique quant à son rôle dans la gestion des crises politiques qui sévissent dans la plus part de pays des Grands-Lacs, notamment en République démocratique du Congo.

Ça fait déjà plusieurs mois que la République démocratique du Congo est ébranlée par une grave crise engendrée par le refus du président Kabila de quitter le pouvoir au terme de son mandat constitutionnel.

Alors que l’Union européenne exerce la pression sur le gouvernement congolais pour une sortie de crise imminente notamment en prônant la tenue des élections dans le délai prévu par l’accord issu du dialogue de la CENCO, l’Union africaine semble avoir choisi de nager à contre-courant : elle  apporte un soutien au président Joseph Kabila. Alors que ce dernier s’est accroché au pouvoir en violation de la Constitution. Outre, il se montre plutôt méprisant à l’égard de l’accord du 31 décembre. Cet accord lui a donné un sursis pour préparer son alternance afin de remettre l’ordre dans les Institutions nationales.

Le 29 mai dernier, l’Union européenne a sanctionné neuf officiels congolais qu’elle accuse, généralement, de défavoriser le climat de paix dans le pays. Bien qu’une grande partie de la population congolaise s’en soit félicitée, cette énième série de sanctions européennes contre les proches du président Kabila n’a pas été du goût de l’Union africaine.

Par le biais de Georges Chicoti, ministre angolais des Affaires étrangères, l’organisation panafricaine conduite par le président guinéen Alpha Condé s’est farouchement opposée à ces mesures restrictives individuelles de l’Europe contre les neuf autorités congolaises. L’Union africaine promet une réponse, à l’issue de sa prochaine réunion, pour dénoncer ces sanctions et apporter son appui au gouvernement congolais.

Union pour l’instabilité en Afrique ?

La prompte réaction de l’Union africaine contre les sanctions européennes n’a pas laissé l’opinion nationale et internationale indifférente. La majorité des Congolais remet le vieux débat sur la table, accusant cette organisation d’États africains de favoriser la prospérité de la dictature dans les États membres, cela au détriment de la démocratie dont l’une des valeurs est l’alternance pacifique issue des élections crédibles et transparentes.

Rappelons que, déjà lors du premier dialogue en septembre dernier qui visait à apaiser la tension politique due au refus de Joseph Kabila de quitter le pouvoir au terme de son dernier mandat, l’Union africaine dans son rôle de médiatrice à travers Edem Kodjo s’était montrée beaucoup trop complaisante à l’égard du pouvoir. Alors que c’est le régime en place qui est source d’instabilité. Ajouter à cela, l’étonnant appui – récemment – de la même Union africaine au nouveau gouvernement de transition en RDC. Un gouvernement pourtant contesté par la CENCO, génératrice de l’accord exigeant le partage équitable de pouvoir entre Joseph Kabila et on opposition politique.

A ce sujet, le Réseau européen pour l’Afrique centrale (Eurac), dans son dernier rapport sur la situation politico-sécuritaire dans la région des Grands-Lacs, a également souligné « l’incapacité » de l’Union africaine de jouer, de manière impartiale, un rôle prépondérant pour une rapide sortie de crise lors d’une impasse politique.

«Les interventions de l’Union africaine dans la crise au Burundi et en RDC ont davantage attisé les tensions et divisions qu’elles n’ont permis d’apporter des solutions viables et acceptables par tous », a déclaré Eurac dans son rapport de juin 2017.

Suite à ses interventions, dans les impasses politiques, qui se révèlent des échecs cuisants, l’Union africaine ne jouit plus d’un large soutien de la population africaine. Comme l’avait expliqué l’ancienne ministre italienne de l’intégration Cécile Kyenge, le seul moyen pour l’Union africaine de rétablir sa crédibilité, c’est de ratifier le protocole afin que le parlement panafricain devienne opératif. Ceci permettra aux élus de l’Union africaine de prendre des décisions au nom du peuple. Car tant que la direction de cette organisation restera entre les mains des chefs d’États, la population africaine continuera à voir cette union d’un mauvais œil.

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