Étienne Tshisekedi: chronique d’une dépouille en quête d’inhumation

Le cercueil d’Étienne Tshisekedi lors des obsèques qui lui ont été organisées à Bruxelles près d’une semaine après sa mort.
© REUTERS/François Lenoir

Un an et deux mois depuis son décès, le corps d’Étienne Tshisekedi, croupit toujours dans un funérarium. Ayant combattu, de son vivant, tous les régimes qui se sont succédés à la tête de la RDC, le vieil opposant politique congolais voit sa dépouille payer le frais de sa lute contre la dictature qu’il a menée depuis plus de quarante ans.

La mort d’Étienne Tshisekedi est intervenue à un moment crucial quant à la crise politique que traverse la République démocratique du Congo. Juste un mois après la difficile signature de l’accord de la Saint-Sylvestre. Ce compromis politique censé sortir la RDC de la crise causée par le refus de Joseph Kabila de quitter le pouvoir au terme de son dernier mandat. Et Tshisekedi, un des négociateurs de cet accord, devrait en assurer la mise en œuvre effective.

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Décédé brusquement de suite d’une embolie pulmonaire à Bruxelles, capitale du royaume de Belgique, la disparition d’Étienne Tshisekedi va vite céder la place à un autre débat politique essentiellement axé sur le rapatriement de son corps et son inhumation dans la terre de ses ancêtres. Pendant que l’opposition pleure son leader, le régime en place se frotte les mains. Car celui qui faisait peur à Joseph Kabila n’est plus.

Sous le coup de l’émotion, l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), le parti que le défunt dirigeait, et sa famille biologique commencent à se mobiliser pour lui organiser des hommages mérités. Leurs démarches vont être vite entravées par le gouvernement congolais. Ce dernier ne veut pas que les proches du défunt organisent les funérailles de manière unilatérale. Sans doute par crainte d’une éventuelle émeute. Sachant que le pays baigne encore dans la crise. Et les funérailles de celui qui se présentait comme un danger pour le pouvoir en place pourrait emmener ses sympathisants à une révolte susceptible de pousser Joseph Kabila à la sortie.

Pour garantir des funérailles sans risque, le gouvernement décide d’entamer des discussions avec la famille politique et biologique du disparu. Question d’harmoniser les vues afin d’organiser ensemble des hommages nationaux, sans risque de débordement.

« Accord avant désaccord »

Après des échanges formels entre les deux parties, le gouvernement annonce le début des procédures pour rapatrier la dépouille de son ennemi politique. De cette concertation, sortira également la décision d’exposer le corps de celui qu’on appelait Le “sphinx de Limete” au Palais du Peuple, lieu prisé à Kinshasa pour le recueillement et des hommages populaires aux grandes figures du pays qui ont disparu.

Au-delà de ce premier compromis, une autre question persiste : le lieu d’enterrement de l’opposant historique. Les familles biologique et politique du défunt proposent la construction d’un mausolée pour honorer la mémoire de ce grand homme d’État. Une exigence de trop pour le gouvernement congolais. Ce dernier souhaite plutôt que Tshisekedi soit enterré dans un cimetière commun en qualité de Premier ministre honoraire. Cette divergence d’approches va établir un climat de méfiance entre les deux parties. Mais il a plutôt fallu la sortie médiatique du porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, pour envenimer la situation qui était déjà assez tendue.

Le 8 février 2017, Le porte-parole du gouvernement publie un communiqué dans lequel il annonce la décision du gouvernement de prendre totalement en charge l’organisation des obsèques d’Étienne Tshisekedi. Lambert Mende déclare que sur demande de la famille du disparu, le gouvernement prévoit des titres de voyage pour l’ensemble des membres de la famille biologique qui devraient se rendre à Bruxelles pour la levée du corps du président de l’UDPS.

Preuve de bonne foi pour le pouvoir, humiliation pour la famille du défunt, cette annonce mettra de l’huile sur le feu. Le lendemain, les deux familles (biologique et politique) de Tshisekedi démentent le communiqué du gouvernement. Elles décident, par conséquent, de mettre fin aux discussions avec le pouvoir. Ce sera alors le début d’un long bras de fer qui va opposer le gouvernement avec l’UDPS, en première ligne. Cela, accentué par les sympathisants de Tshisekedi qui se montraient, déjà dès le départ, hostiles à l’idée d’organiser les obsèques de leur leader avec l’appui d’un gouvernement qu’ils qualifient de “corrompus”.

Dès lors, plusieurs tentatives de rapatriement du corps de Tshisekedi amorcées unilatéralement par son parti et sa famille biologique connaissent une opposition de la part des autorités congolaises.

Le débat autour de l’enterrement de Tshisekedi continue à faire la Une des médias tant nationaux qu’internationaux. Le gouvernement congolais et l’UDPS se renvoient la balle quant au blocage autour de l’inhumation du défunt opposant historique. Sur fond de cette joute politique sans issue, la dépouille d’Étienne Tshisekedi, l’opposant historique, traîne toujours dans un funérarium à Bruxelles.

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