Vers les élections à haut risque en RDC

Une urne après décompte des bulletins dans un centre de vote à Kinshasa, le 28 novembre 2011.
Photo: MONUSCO/ Myriam Asmani depuis Wikimedia Commons

A sept mois de la tenue des élections, le terrain n’est toujours pas déblayé pour garantir des scrutins transparents et apaisés en République démocratique du Congo (RDC). Plusieurs questions divisent encore et le débat s’éternise, notamment, entre les acteurs politiques.

Censées se tenir en novembre 2016, les élections, devant permettre l’alternance pacifique entre Joseph Kabila et son potentiel successeur, peinent à s’organiser. Cette situation est à la base du regain de tension en RDC. Et la sortie du calendrier électoral, le 5 novembre dernier, qui a finalement fixé l’organisation des élections au mois de décembre 2018, est loin de calmer les esprits.

L’opposition politique n’arrête pas d’accuser la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de brouiller la tenue des élections transparentes en faveur du pouvoir. Dans ce contexte de tension politique, les mesures et innovations imposées par la CENI pour les élections prévues en décembre prochain ne font qu’attiser le feu.

Loi électorale

Fortement contestée par une grande partie de l’opposition, la loi électorale a malgré tout été promulguée, le 26 décembre dernier, par le président sortant Joseph Kabila. Parmi les dispositions qui font grincer des dents, il y a la révision à la hausse de la caution électorale. Il s’agit des frais que chaque candidat doit payer pour son admission sur les listes. Avec un montant de 1.600.000 Francs congolais pour postuler à la députation nationale et 160.000.000 de Francs congolais pour une candidature à la présidentielle, la caution électorale actuelle est presque le triple de ce qui a été payé pour les scrutins de 2006 et de 2011. Certains acteurs politiques de l’opposition dénoncent donc «une démocratie de barons». D’après eux, cela exprime la volonté de la Ceni d’exclure les plus démunis des échéances électorales.

La question du seuil de représentativité accentue également la tension pour la période électorale en cours. Cette théorie, qui figure sur l’article 118/2 de la loi électorale, veut que  les partis puissent recueillir au moins 1% des suffrages au niveau national pour être autorisés à siéger. Une aubaine pour la coalition autour de Joseph Kabila, car elle est constituée de différents poids lourds politiques capables d’atteindre le chiffre requis. L’opposition, par contre, juge cette loi discriminatoire. D’après elle, ça ne favorise pas l’éligibilité des candidats indépendants.

Machine à voter

La machine à voter permet à l’électeur de se choisir un candidat à travers un moniteur tactile muni d’une petite imprimante. Cette dernière imprime, après le choix de l’électeur sur l’écran, le bulletin coché à placer ensuite dans l’urne. Cette méthode de vote n’est pas prévue par la loi électorale, ni par le calendrier électoral. Elle est imposée par la Ceni qui justifie son usage par le souci de réduire le coût des opérations électorales. Mais l’opposition soupçonne la Ceni de préparer une fraude massive à travers cet appareil qu’elle qualifie de  «machine à voler ». La Corée du Sud, où cette machine est fabriquée, avait d’ailleurs  mis en garde contre l’usage de cet outil. D’après Séoul, cette machine à voter pourrait mettre en danger la tenue pacifique et ordonnée des élections en RDC. En dépit de tout, la machine à voter est maintenue par la Commission électorale.

Confusion autour des partis et regroupements politiques

La non-prise en compte par le ministère de l’Intérieur de certains partis et regroupements politiques censés concourir aux élections prochaines en RDC envenime la tension. Dans la liste des partis et regroupements politiques autorisés à fonctionner, certaines formations se retrouvent avec des doublons qui portent les mêmes insignes. A l’origine de cet imbroglio, l’allégeance au pouvoir de certains opposants et vice-versa. Notamment à l’Union pour la Démocratie et le Progrès social (UDPS), principal parti de l’opposition, certains cadres, exclus pour avoir tendu la main à Joseph Kabila, ont créé leurs partis sous la même dénomination et les mêmes symboles que l’UDPS mais avec des idéologies politiques proches du pouvoir. Cette situation profite à Joseph Kabila dans la mesure où le meilleur moyen d’avoir les mains libres pour gouverner, c’est de semer la discorde parmi ses opposants.

Avec un tel climat de frustrations qui accompagne l’organisation des élections, la RDC encourt le risque d’une crise post-électorale tel que cela a été le cas en 2006 et en 2011.

 

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