Libération de Bemba, une inquiétante «bonne nouvelle» pour la RDC

L’ancien vice-président congolais Jean-Pierre Bemba à la CPI, ici en juin 2016.
Photo: REUTERS/Michael Kooren via RFI

Poursuivi par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, l’ancien vice-président de la République démocratique du Congo (RDC) a été libéré mardi dernier, quatre jours après son acquittement en appel. Des doutes et des inquiétudes surgissent sur fond des scènes de liesse qui ont eu lieu après la libération de Bemba.

Des questions se posent, essentiellement en ce qui concerne l’impact du retour de Jean-Pierre Bemba sur la situation politique en RDC.

Dans une période où la classe politique s’apprête à prendre part aux élections prévues en décembre prochain, la libération de Jean-Pierre Bemba remet les pendules à l’heure. Président du Mouvement pour la Libération du Congo (MLC), deuxième parti de l’opposition en termes d’influence, Jean-Pierre Bemba constitue à lui-seul un important poids politique capable de faire bouger les lignes.

Dans l’opposition politique congolaise, nombreux sont ceux qui souhaitent profiter de l’expérience et de la popularité du président du MLC pour faire face au pouvoir en place. Dans les rues de Kinshasa, une grande partie de la population congolaise, épuisée par les 17 ans de règne de Kabila, attend également l’arrivée de Bemba comme le retour d’un Messie.

Mais derrière l’image de cet homme qui incarne «la libération» se cache un passé politique assez sulfureux.

Bemba, chef de guerre

Au-delà de l’enthousiasme qu’elle a suscité, la libération de Jean-Pierre Bemba rappelle également les sombres pages de l’histoire politique du pays. Et l’ancien vice-président en partage la responsabilité.

En 1998, lors de la deuxième guerre du Congo, Jean-Pierre Bemba contrôlait le nord de la RDC. Avec la rébellion du MLC, soutenue par l’Ouganda, l’ancien chef de guerre a activement participé au conflit armé. Or celui-ci aurait fait plus 183 000 morts, d’après un bilan établi par la communauté internationale.

En 2002, Jean-Pierre Bemba a prêté main forte au président de la République centrafricaine Ange-Félix Patassé, contre l’avancée du putschiste François Bozizé. Les hommes de Bemba ont ensuite été accusés de vols, de viols et d’autres exactions lors de leur intervention en Centrafrique.

En 2006, des affrontements violents éclatent à Kinshasa à l’issue des premières élections présidentielles. La milice de Jean-Pierre Bemba, candidat malheureux au premier tour des scrutins, fait alors face aux troupes de son rival Joseph Kabila. Cette guerre de trois jours s’est soldée par la mort d’une vingtaine de personnes et une quarantaine de blessés, d’après le gouvernement de l’époque.

Avec un tel passé sanglant, le retour de Jean-Pierre Bemba sur la scène politique congolaise enchante certes ceux qui souhaitent à tout prix le départ de Joseph Kabila. Mais elle n’augure rien de bon. Que Bemba ou Kabila soit au pouvoir, la stabilité du pays demeure incertaine.

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