Comment Kabila se transforme en candidat pour sa propre succession

Le président congolais Joseph Kabila en 2014
Photo: Wikimedia Commons

A cinq mois de la tenue de l’élection présidentielle en République démocratique du Congo (RDC), la Majorité présidentielle peine à se choisir un dauphin pour succéder à Joseph Kabila. Ce dernier, conformément à la constitution, n’a plus le droit de briguer un nouveau mandat. Mais, en dépit de tout, le président congolais affûte ses armes, dans son coin, en prélude à la prochaine présidentielle à laquelle il n’est pas censé prendre part.

A l’instar d’autres acteurs politiques congolais, Joseph Kabila se prépare en vue des élections qui auront lieu au mois de décembre 2018. Maintenu jusque-là au fauteuil présidentiel grâce à l’accord de la Saint-Sylvestre, Joseph Kabila continue à entretenir le flou sur son avenir politique.

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Alors que l’opposition congolaise attend de lui la désignation d’un «dauphin» susceptible de porter la candidature de la MP à la présidentielle, Joseph Kabila choisit de nager à contre courant. Début Juin, il a ainsi mis en place le Front Commun pour le Congo (FCC), une gigantesque plateforme électorale qui réunit ses poulains et les opposants prenant part à l’actuel gouvernement de transition autour de lui. Pour celui qui n’est pas censé se représenter à la présidentielle à venir, créer une plateforme électorale, c’est faire comme un boxeur qui garde les poings serrés alors qu’il est exclu de la compétition. Reste à voir si et comment le président congolais arrivera à se glisser dans le ring sous l’œil observateur international.

Kabila, le juge suprême

Conscient qu’il ne pourra pas se maintenir au pouvoir seul, Joseph Kabila prépare, entre autres, l’appareil judiciaire congolais. Celui-ci devra lui servir de contrepoids face à la pression internationale qui menace son règne. Pour ce rôle, la cour constitutionnelle s’avère être le meilleur allié. En effet, déjà en 2016, cet organe chargé d’assurer la primauté effective de la constitution avait autorisé le président congolais de rester au pouvoir au delà de la limite accordée par la Constitution. Composée, cette fois, de cinq fidèles du président congolais, la nouvelle configuration de la cour constitutionnelle, qui s’est réunit au mois de mai dernier, inquiète l’opinion qui s’oppose au troisième mandat de Kabila. Nombreux sont ceux qui redoutent que le président congolais recourt une nouvelle fois à cette cour afin de légitimer sa candidature pour une troisième réélection.

Kabila, l’insaisissable

Face à la communauté internationale qui le presse de plier bagage au terme de la transition en cours, Joseph Kabila joue à la souris. Sachant que l’élection présidentielle arrive à grands pas, le président congolais snobe les diplomates internationaux qui l’appellent à respecter la Constitution et l’accord qui le maintient au pouvoir. La rencontre qui devrait avoir lieu cette semaine entre Joseph Kabila, Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, et Moussa Faki, président de la commission de l’Union africaine, a été brusquement annulée par Kinshasa. Il s’agit du troisième rendez-vous manqué après le report du premier, fixé en avril dernier, et celui du deuxième qui était prévu le mois passé. Le président de l’Angola João Lourenço et la diplomate américaine Nikki Haley ont également tenté en vain de rencontrer Joseph Kabila ces derniers jours. A travers cette indisponibilité face à la communauté internationale, le message du président congolais est clair : il n’est pas prêt à céder son trône, quoi qu’on lui dise.

«Kabila hier, aujourd’hui et demain»

Joseph Kabila s’appuie en même temps sur son parti pour préparer l’opinion en vue de son éventuel troisième quinquennat. «Nous étions avec Kabila hier, nous sommes avec lui aujourd’hui et nous serons avec lui demain», s’amusait à dire Ramazani Shadary, secrétaire permanent  du Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD) dans chaque meeting qu’il tenait lors de sa dernière tournée à travers le pays. Bien qu’ambiguës, ces déclarations de l’ancien ministre de l’Intérieur traduisent les intentions de son chef, celles de se maintenir au pouvoir encore un peu plus longtemps. Clairement, au-delà des élections prévues en décembre prochain. Certes, des interrogations persistent. Mais le suspense va être levé dans deux semaines et demi lors de dépôt des candidatures pour l’élection présidentielle.

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