RDC : cap vers une présidentielle « sur mesure »

Une urne après comptage des bulletins dans un centre de vote à Kinshasa, le 28 novembre 2011.
Photo: MONUSCO/ Myriam Asmani depuis Wikimedia Commons

Dans le cadre de la publication des listes provisoires des candidats aux élections, la commission électorale nationale indépendante (CENI) a rejeté 6 candidatures sur les 25 réceptionnées pour la prochaine présidentielle. Bien qu’intervenue en retard par rapport aux dates prévues dans le calendrier électoral, cette opération traduit tout de même la «volonté» du gouvernement congolais de conduire le pays vers la présidentielle… mais pas n’importe quelle présidentielle.

Joseph Kabila ne prendra pas part au scrutin présidentiel, censé avoir lieu dans quatre mois (le 23 décembre 2018). Après avoir subi une forte pression, au niveau régional, national et international, le président congolais a fini par renoncer à son intention «inavouée» de briguer un troisième mandat (anticonstitutionnel). A sa place, Kabila désigne Emmanuel Ramazani Shadary, l’un de ses fidèles, comme candidat à la présidentielle pour le Front Commun pour le Congo (FCC), plateforme électorale du pouvoir.

Conscient de l’impopularité et de l’inexpérience de celui qui est considéré comme son dauphin, Joseph Kabila, grâce à la complicité de la CENI, balise le chemin pour une élection présidentielle à la «taille» de son potentiel successeur. Pour cela, en plus de la machine à voter et d’un fichier électoral corrompu, Kabila choisit pour son candidat les challengers qu’il devra affronter dans les bureaux de vote.

Exclusion des poids lourds

Déterminé à revenir déposer sa candidature, Moise Katumbi, l’un des favoris pour la prochaine présidentielle, a été empêché par le gouvernement de regagner son pays. Les autorités congolaises ont réussi à écarter cet opposant exilé de la course à la magistrature suprême, notamment grâce à plusieurs faux procès amorcés à son encontre.

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Moise Katumbi n’est pourtant pas l’unique danger pour le pouvoir. L’ex-détenu de la Cour pénale internationale (CPI), Jean-Pierre Bemba, un autre poids lourd de l’opposition congolaise, a vu lui aussi sa candidature être rejetée par la Commission électorale. Idem pour Antoine Gizenga, autre adversaire de taille pour le dauphin de Kabila, dont la candidature n’a pas été prise en compte par l’organe chargé d’organiser les élections.

Bien qu’ils s’inscrivent dans la logique du processus électoral, les contentieux des candidatures, en cours de traitement à la cour constitutionnelle, sont sans doute une occasion pour Kabila d’éliminer les opposants qui menacent l’élection de son successeur à l’issue de la prochaine présidentielle.

Kabila et la théorie de «reculer pour mieux sauter»

Joseph Kabila sait que la victoire de son regroupement politique à la présidentielle lui profiterait autant qu’à son dauphin. Contraint de renoncer à briguer un nouveau et troisième mandat, Kabila prend du recul en désignant un successeur, ceci, après s’être accroché au fauteuil présidentiel pendant près de deux ans (la fin de son deuxième et dernier mandat date du 19 décembre 2016). Cette longue période d’attente avant d’obtenir (enfin) une date officielle pour l’organisation d’une élection présidentielle est à l’origine d’une énième crise politique et sociétale. Cela s’est soldé par de nombreuses victimes. Certaines d’entre elles ont été tuées lors des marches contre le maintien de Joseph Kabila au pouvoir.

En désignant un successeur, Kabila a réussi à faire baisser la tension et a marqué une pause dans le long bras de fer qui l’opposait à la communauté internationale. Mais rien ne garantit encore son départ. Son dauphin pourrait lui servir de tremplin pour revenir aux affaires dans les prochains jours. C’est ce qu’atteste son attitude lors de ce qui devait être son discours d’adieu au dernier sommet la communauté de développement de l’Afrique australe (SADC). Kabila a terminé son discours avec une petite phrase qui en dit sans doute long : «Je ne vous dis pas au revoir, mais à bientôt », voilà ce qu’a déclaré Joseph Kabila à ses homologues de la SADC le 17 août dernier. Une façon énigmatique de dire qu’il n’est pas encore parti. Il a plutôt reculé… pour mieux sauter.

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