110 jours pour un accord qui peine à sauver le Congo

Conclu pour sortir la République démocratique du Congo de l’instabilité politique, l’accord issu du dialogue arbitré par l’église catholique semble se trouver dans une impasse. Plusieurs jours après sa signature, aucune avancée quant à la situation politique du pays. Chronique sur cet accord qui ne parvient pas à sauver le Congo.     

La population congolaise dans la rue pendant les manifestations contre l'adoption d'une loi visant à modifier la constitution en janvier 2015.

Pour une grande partie de la société congolaise, la signature d’un nouvel accord était impérative afin d’épargner le pays du chaos. Le dialogue modéré par Edem Kodjo était mis en cause. Cette discussion avait été jugée non-inclusive. L’ancien Premier ministre togolais, dans son rôle d’arbitre lors du premier dialogue, avait engendré le premier compromis politique. A cette occasion, Edem Kodjo se serait montré très complaisant envers le pouvoir.

Ainsi, cinquante et un jours après la clôture du premier dialogue, les composantes politiques en dissension ont été contraintes et forcées de s’asseoir autour de la table pour de nouvelles négociations. Car la tension montait graduellement, au fur et à mesure que le pays s’approchait du 19 décembre 2016, date limite du dernier mandat constitutionnel du président Kabila.

Cette fois, pour s’assurer de la neutralité des discussions, la médiation a été confiée à l’église catholique. A travers un collectif d’évêques, l’église catholique devait réussir à harmoniser les points de vue des protagonistes du conflit. Naît alors le nouvel accord dénommé « accord de la Saint-Sylvestre ». Péniblement signé dans la nuit du 31 décembre dernier, et ce, après de fortes tensions qui ont jalonné la fin du mandat constitutionnel de Joseph Kabila.

Un Accord « palliatif »

Salué par la majorité des Congolais, mais aussi par la Communauté internationale, l’accord du 31 décembre serait vu par beaucoup comme une solution à l’horrible crise que traverse le plus grand pays de l’Afrique centrale. Mais voilà près de trois mois… oui, près de trois mois après sa signature, l’accord de la Saint-Sylvestre n’aura réussi qu’à atténuer la tension entre les forces de sécurité (machine à répression du régime en place) et les manifestants hostiles au maintien illégitime de Joseph Kabila à la tête du pays. Alors que le virus qui mine la stabilité de l’Etat est toujours actif, faisant ainsi de grand Congo une poudrière qui menace d’éclater à n’importe quel moment.

L’unique moyen donc de remédier à la gravité de cette situation est incontestablement la mise en œuvre rapide de cet accord. Ce dernier prévoit le partage du pouvoir entre le régime en place et son opposition pour une transition d’un an.

Ceci donc aurait permis la préparation de la ténue des élections à l’issue desquelles Joseph Kabila et ses « faucons » seront légalement délogés en vue de mettre en place de nouvelles institutions conformes aux règles constitutionnelles.

Les discussions entre acteurs politiques pour convenir en ce qui concerne le partage du pouvoir ont débouché sur un échec après avoir plané pendant plusieurs jours dans l’impasse totale. Sans oublier le décès d’Etienne Tshisekedi, figure emblématique de l’opposition et garant de cet accord, qui est intervenu à un moment crucial quant à ce processus de paix amorcé dans le pays.

De nouvelles émeutes en vue   

Face à ce blocage, les deux camps se renvoient la balle. Et l’église catholique, lassée par la mésentente entre les politiques, a fini par jeter l’éponge. Alors que les jours avancent et la tenue des élections en décembre prochain devient hypothétique. Une situation susceptible d’engendrer de nouveaux troubles, de la même manière que la non-organisation des scrutins l’année dernière avait occasionné des soulèvements populaires violemment réprimés dans plusieurs villes du pays. Les mêmes causes produisent les mêmes effets, dit-on.

L’opposition politique signataire de cet accord, quant à elle, menace déjà de remobiliser la rue afin de chasser Joseph Kabila par la force. Ce qui est sûr, c’est que le président congolais ne se laisse pas impressionner par cela. Il s’appuie sur ses hommes en arme qui ont réussi à étouffer la série des émeutes, les deux dernières années. Ces émeutes protestaient contre son maintient au pouvoir au-delà du délai constitutionnel.

Joseph Kabila pourrait être tenté de brouiller l’accord de la Saint-Sylvestre pour recourir une nouvelle fois à la force afin de rester au pouvoir aussi longtemps qu’il le pourra. D’autant qu’il n’a personnellement jamais signé ou approuvé publiquement cet accord.

A l’heure actuelle donc, cet accord politique signé le 31 décembre 2016 est resté au point mort. La tension refait progressivement surface dans la ville de Kinshasa. Le bras de fer entre les deux parties signataires, pour la mise en œuvre de ce compromis, continue. Et la République démocratique du Congo demeure un pays au bord de l’implosion.

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