Ces fonctionnaires congolais qui souffrent du « SIDA »

Article : Ces fonctionnaires congolais qui souffrent du « SIDA »
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22 mai 2016

Ces fonctionnaires congolais qui souffrent du « SIDA »

des fonctionnaires
Rassemblement des fonctionnaires à la place Golgota à Kinshasa- Gombe.
Photo: John Bompengo/Radio Okapi

Contrairement à ce que vous aurez pensé, il ne s’agit pas du VIH/SIDA, dont les fonctionnaires congolais sont victimes. Il est plutôt question d’un phénomène qui bat son plein dans les familles de nombreux agents de l’administration publique. Baptisé « SIDA » : acronyme qui signifie littéralement « Salaire Infime Difficilement Acquis », ce phénomène est un fléau qui ravage. Et Il a déjà fait plusieurs victimes.

Les foyers se brisent, les suicides s’enchaînent les uns après les autres, etc. Telles sont les conséquences qu’engendre ce phénomène baptisé « SIDA » qui secoue nombreuses familles des fonctionnaires congolais.

La cause : c’est la difficile acquisition du salaire mérité qui incite nombreux agents congolais parfois à se suicider pour abréger leurs souffrances.

En effet, la vie d’un fonctionnaire en République démocratique du Congo est très difficile.

Avec un salaire infime (ou insuffisant, comme l’estiment d’autres) difficilement acquis, d’où l’acronyme « SIDA », un fonctionnaire congolais n’arrive pas à subvenir aux besoins matériels de sa famille. Alors qu’un bon père doit procurer à sa femme et à ses enfants toutes les nécessités de la vie.

Mais suite aux arriérés salariaux qu’ils connaissent, répondre à tous les besoins de sa famille, pour un fonctionnaire congolais, devient une tâche épineuse.

« De ce fait, nombreuses personnes concernées souffrent de sérieux soucis financiers et n’ont qu’une seule issue à ce calvaire : se donner la mort », m’explique Patient Okenge. Ce dernier aussi est un agent de l’Etat. Père de famille, il travaille à la société commerciale des transports et des ports. Il est lui-même témoin de nombreux cas de suicide de ses collègues désespérés. Et il m’explique pourquoi lui, jusque là, il tient le coup :

« J’ai plutôt une technique qui me permet de ne pas sombrer dans l’alcool ou dans le suicide comme c’est le cas pour la plupart de mes pairs », se confit-il à moi avec un ton serein. « Et en plus, je suis de confession chrétienne, la bible condamne le suicide, c’est un péché » ajoute-t-il en souriant.

« Nous arrivons même jusqu’à six mois sans être payés, poursuit-il, et pendant cette période, j’emprunte l’argent aux gens de bonnes volontés, pour subvenir aux besoins de ma famille, en envisageant la restitution une fois que j’aurai mon salaire. Mais avec cet argent emprunté, je priorise en premier lieu, la scolarisation de mes enfants, le loyer et un budget pour  nourrir ma famille. Mais malgré tout, cet argent a toujours été insuffisant pour répondre positivement à tous les besoins nécessaires de ma famille », conclut-il avec un air quasi triste.

Mais à qui la faute alors ? « La faute revient sans doutes aux autorités politiques qui gèrent incorrectement le pays, déclare mon interlocuteur avant de poursuivre : elles gouvernent au détriment de la population congolaise, car si elles étaient de bonne foi, elles auraient déjà fait diligence pour régler cette affaire »

A travers ses déclarations, Patient ne s’était pas retenu de manifester son hostilité envers les gouvernants qui, selon lui, seraient à la base de sa dure vie.

Mais même s’ils souffrent ensemble d’un même problème, les fonctionnaires ne voient pas tous la cause de leur galère sous un même angle. Il fallait avoir l’avis d’Albert Massamba pour en déduire qu’entre eux [les fonctionnaires] les avis ne sont pas homogènes. Ce dernier est aussi agent de l’administration publique. Il travaille à la société nationale d’électricité. A l’instar de ses homologues, il est également victime de ce fameux phénomène « SIDA ». Mais, en opposition à Patient Okenge qui condamnait le gouvernement, Albert Massamba pointe plutôt du doigt ceux qui sont aux commandes des entreprises publiques.

« Les entreprises possèdent suffisamment de liquidités pour mieux payer les travailleurs mais les supérieurs les bloquent. Ils empochent et deviennent de plus en plus riches en clochardisant les subalternes », commente-t-il.

Jusque là les avis divergent quant à ce qui est à la base de mauvaises conditions de vie des agents de l’Etat.

Mais bien qu’aucune solution ne pointe encore à l’horizon, certains fonctionnaires restent quand-même optimistes. Ils endurent et continuent à espérer qu’un jour tout va changer.

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